Chansons de l'Exil en Provence

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Les migrations ont toujours existé : le besoin de manger, les catastrophes naturelles, les guerres ont toujours poussé quantité d'hommes et de femmes à aller chercher ailleurs ce que leur terre ne leur offrait pas ou plus. Pourtant, au vingtième siècle, elles ont pris un tour inédit, contribuant à faire de milliers de territoires des systèmes-monde, lieux nourris d'individus porteurs d'influences multiples. Il y a eu les deux conflits mondiaux, les génocides de population, mais aussi la colonisation puis les indépendances des peuples colonisés. Il y a eu la révolution industrielle et ses conséquences sur les paysages urbains et ruraux. L'accroissement des possibilités offertes par les transports terrestres, aériens, maritimes. Etc. Depuis quelques décennies, ces mouvements ont encore pris de l'ampleur, l'augmentation de la population mondiale et l'intensification des échanges via les réseaux internet n'y sont pas étrangers : nous étions moins d'un milliard d'habitants en 1800, 2,5 milliards en 1950, 6 milliards en 2000, plus de 7 milliards aujourd'hui. Désormais, quel que soit l'endroit où l'on vit, on peut obtenir en quelques cliques des informations sur d'autres manières de vivre et s'imaginer un monde que l'on croit déjà connaître.

En France, de nombreux espaces urbains sont ainsi devenus des villes-monde, dont l'identité s'est construite dans le creuset du vingtième siècle, au fil des événements heureux et malheureux ayant conduit quantité de gens à y prendre racine. En Provence-Alpes-Côtes d'Azur, il y a eu le charbon du bassin de Provence, l'industrialisation de Marseille, le développement du commerce avec les colonies, la bauxite, la chimie et le pétrole. Toutes ces fantastiques opportunités de travail ont généré des mouvements de populations énormes : elles sont arrivées des campagnes françaises, de Corse, d'Italie, d'Espagne, de Pologne, du Maghreb, d'Afrique et d'ailleurs, rejointes à certaines périodes par des flots de réfugiés : Arméniens débarquant par bateaux sur les quais de Marseille en 1915, pieds-noirs rapatriés à la fin de la guerre d'Algérie, ... Sous les yeux effarés des anciens et nouveaux habitants, le paysage s'est transformé, écrasant la faune et la flore sous de grandioses pièces de tôle et de béton.

Aujourd'hui, toutes ces personnes ou leurs descendants vivent les unes à côté des autres. Elles se croisent parfois, se saluent quand la politesse est d'usage, se reprochent secrètement certains us comme dans tout voisinage, élucubrent de temps en temps des histoires étonnantes au sujet des uns et des autres, mais de manière générale, chacun vaque à ses occupations, ses joies, sa folie et ses angoisses, du lever au coucher. Métro-boulot-dodo. Chacun chez soi et tous pris dans une même cadence, pièces semblables d'une énorme machine dont nul ne parvient à mesurer la puissance.

Et pourtant, il reste, dans chacun de ces espaces, quelques bribes d'une histoire ancienne : un objet, une anecdote ou un mot, débris magiques d'un univers dans lequel chacun puise parfois à un moment ou un autre de a vie.

Vous est-il arrivé cette étrange expérience ? Au détour d'une rue, au volant de la voiture ou en changeant les couches de bébé, surgit une mélodie étrange, de petites notes de musique. C'est la voix de l'enfance, celle de papa, maman, mamie, mamma, d'une sœur ou d'un frère ; elle s'élève, toujours fraiche, des profondeurs du silence. Et qu'elle s'exprime en français, provençal ou dans une autre langue, elle semble venir d'une terre lointaine, ravivant, par la grâce musicale, un univers à demi oublié.

Ecoutons ces débris : ils sont l'étoile polaire de tous les marins exilés, ils leur rappellent, en toutes circonstances, qu'ils sont toujours sur leur planète et que cela suffit à vivre. Parfois, ils ne brillent que faiblement, chuchotent à peine, et pourtant, quelle clarté dans la voix ! Quelle grâce !

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